Vendredi 27 mai 5 27 /05 /Mai 12:04

Régulièrement accusées de troubles à l’ordre public sous l’Ancien Régime, les associations de compagnons furent régulièrement interdites, et même poursuivies par l’Eglise. Il fallut attendre le milieu du XIXe siècle pour que les compagnonnages deviennent des associations tolérées, sous forme de « sociétés de recours mutuels ». Depuis un peu plus d’un siècle, ils sont soumis à la loi du 1er juillet 1901, régissant les associations à but non lucratif.

Si l’un de vos ancêtres fut compagnon du devoir, vous le trouverez désigné dans les archives de l’Etat Civil sous le nom de « compagnon » ou de « maître ». Mais attention, tout artisan n’a pas nécessairement appartenu à une telle association, ni effectué son tour de France ou réalisé un chef d’œuvre.


Quels archives, quels objets pouvez-vous espérer retrouver ?


- Les archives publiques sont pauvres en documents, à l’exception des archives judiciaires. Mais à moins d’être sur une piste précise  et de savoir où et quand votre ancêtre a eu des démêlés avec la justice, autant chercher une aiguille dans une meule de foin… A partir des années 1830-1840, on peut également trouver des documents relatifs au dépôt de statut des associations, dans les archives municipales et départementales.

On peut également signaler le développement de la presse compagnonnique à partir de 1800 (Le Ralliement des Compagnons du Devoir, La Fédération Compagnonnique, L’Union Compagnonnique, puis Le Compagnon du Tour de France, Le Compagnonnage…)


- Dans vos archives familiales, vous pouvez espérer retrouver des courriers, des cahiers de chansons de compagnons, voire des invitations à des fêtes propres à chaque corps de métier et placées sous la protection d’un saint patron, des cartes d’aspirants dans certains corps, des carnets de cotisations, des convocations à des réunions, etc. (Attention, un « livret d’ouvrier » voyageur n’est pas nécessairement un livret de compagnon ayant effectué son tour de France).

Certains compagnons tailleurs de pierre, menuisiers ou charpentiers ont également pu conserver des épures, c’est-à-dire des dessins de figures géométriques servant à l’exercice de leur profession effectués dans les écoles de trait, parfois datés et signés.


- A partir de 1860, on trouve les premières photographies de compagnons. Il peut s’agir soit de portraits en pied pris le jour de leur réception, soit de vues de groupes prises à l’occasion de fêtes patronales. Sur ces clichés, les compagnons portent toujours leurs attributs : couleurs et canne, parfois accompagnés d'une gourde.


Compagnon-vers-1860.jpg

Un compagnon blancher-chamoiseur vers 1865

 Avec l'aimable autorisation de (c) Jean-Michel Mathonière - Reproduction interdite


LES OBJETS DES COMPAGNONS


Si votre ancêtre était compagnon du devoir, vous pouvez espérer retrouver dans votre grenier des objets liés à son appartenance à une association ou à l’exercice de sa profession.


Les couleurs


objets_003.jpg Remises au moment de la réception du Compagnon, les couleurs constituent l’emblème de la société à laquelle il appartient, son attribut par excellence. Ce sont de longs rubans de soie portés en étole. Simple bande unie à l’origine, les couleurs se sont complexifiées, associant plusieurs rubans de couleurs de 1m à 1m50 de long pour 6 à 10 cm de large. Les plus luxueuses sont en moire, brodées d’or et d’argent.

On peut y trouver les initiales du compagnons, ou des ornements spécifiques, comme des motifs de fleurs tissés chez les Compagnons tailleurs de pierre, ou les symboles imprimés de l’enseignement progressif du compagnonnage. Les « couleurs de Sainte-Baume » sont ornées par gaufrage au moyen de rouleaux chauffés, reproduisant des scènes de la légende de Marie Madeleine (il en existe quatre variantes : originaux fabriqués à Saint-Maximin, copies des tisseurs de Saint-Etienne, modèle « des Trappistes » ornés d’une crucifixion et les lettres DPLD et modèle dit de la Fédération Intercompagnonnique de la Seine).

 

(c) Musée du compagnonnage de Tours


ArticleLes couleurs fleuries des Compagnons tailleurs de pierre

 

La canne

Apparue au début du XIXe siècle, elle symbolise le voyage et la droiture.

Plus courte pour les aspirants, le jonc (hampe) en rotin exotique dit « jonc de Malacca » devient plus longue pour les compagnons, soit 1 m à 1m40. Deux trous ménagés dans la canne permettent le passage d’un cordon de soie se terminant par un pompon ou par un gland de chêne.

La férule ou embout de la canne est en laiton, terminée par un pommeau sphérique, circulaire, polygonal (à 7 ou 8 pans), dont le matériau peut varier : ivoire, acier, corne et argent, etc. Parfois, il est orné d’un œillet fait dans un matériau différent. Ces matériaux sont généralement symboliques (l’ivoire est par exemple utilisé par les tailleurs de pierre, les plâtriers et les boulangers, pour rappeler la couleur blanche de la pierre et de la farine). A partir du milieu du XIXe siècle, des symboles y sont parfois gravés (par exemple l’équerre et compas, autour d’un outil symbolisant le métier), accompagnés des initiales ou du surnom du compagnon et de ses date et lieu de réception.

Par exemple, la canne du du Compagnon Passant tailleur de pierre comporte un pommeau octogonal en ivoire massif et un cordon doré : Une canne de Compagnon Passant tailleur de pierre

 

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Canne de maréchal ferrand et canne de boulanger

 

Pour en savoir plus :

Centre de recherche sur la canne et le bâton

 

Autres objets

Hormis les insignes du compagnon que constituent les couleurs et la canne, on peut encore retrouver toutes sortes d’objets marqués de signes compagnonnique (notamment l’équerre et le compas) et du nom ou des initiales de leur propriétaire, en particulier des gourdes (en calebasse, en noix de coco ou en faïence), des tabatières, des bijoux (joints ou anneaux d’oreilles, chevalières), des coffrets ou des assiettes.


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Gourde de tanneur corroyeur 1865

 (c) Mireille Rajoely - Bordeaux, musée d'Aquitaine


Autres exemples :

Gourde de compagnon serrurier

Tabatière de Bon Cousin Charbonnier

 

Peut-être votre ancêtre aura-t-il également conservé quelques-uns de ses outils de travail.

Plus récemment, on a vu se multiplier les objets commémoratifs (médailles ou assiettes commémorant des congrès par exemple).

Vous en trouverez plusieurs exemples sur le  site d’Alain Bouchères, compagnon boulanger

 

Pour en savoir plus :

Musée du compagnonnage de Tours

Centre de recherches de Jean-Michel Mathonière et du Centre d’études des compagnonnages

Blog compagnons et compagnonnages : vous y trouverez de nombreux articles consacrés aux marques et symboles du compagnonnage sur différents types d’objets (œuvres de compagnons, sépultures, tabatières, etc.)

Par Stemmata - Publié dans : Outils, industries, vie professionnelle
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