Identifier les bijoux de famille grâce aux photographies

Publié le par Stemmata

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"Ce collier, je pense que c'est maman qui l'a offert à papa quand ils sont allés en Espagne". Voici ce que j'ai entendu le jour où ma mère m'a transmis ce collier de famille, dont les ajours lui rappelaient sans doute les motifs mauresques... C'est ce que j'ai cru pendant des années jusqu'à ce qu'un jour, j'observe de plus près une vieille photo de famille.

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Cette photographie, elle a été prise à l'occasion du mariage d'un arrière-grand-oncle en 1923. Et mon grand-père Yves, censé avoir offert le collier, il est bien là sur la photo, debout entre ses grand-parents, assis au premier plan. Sauf que sur cette photo, Yves n'a que... neuf ans ! Quant au collier, c'est l'agrandissement d'un petit détail qui m'a permis de le reconnaître, au cou de sa mère, mon arrière-grand-mère Titine, dite "mémé de Chalon", debout derrière eux. Le collier était donc bien plus ancien que ce que l'on m'avait dit... Cette petite histoire montre que si la mémoire orale est précieuse, elle combine des souvenirs réels et des mythes ou des suppositions, qui peu à peu prennent dans l'imaginaire la valeur de vérités. 

Le fermoir du collier comporte trois poinçons, plus une tête d'aigle : une passante rencontrée sur un vide-grenier, qui a sorti de sa poche une loupe de bijoutier, m'a expliqué que la tête d'aigle était utilisée pour marquer les bijoux en or de fabrication française.

Pour en savoir plus : Les poinçons de titre et de garantie


Impossible pour la novice que je suis de dater ou de localiser plus précisément la fabrication du bijou, ce qui permettrait peut-être de préciser quand et comment comment il est entré dans la famille (un expert m'en dira probablement plus), mais déjà, une hypothèse se profile :

Les parents de Titine étaient boiseur à la mine et tenancière de café ; pas le genre à thésauriser des bijoux de valeur. Quant à Titine et son mari, alors jeunes instituteurs, ils n'ont connu une certaine aisance que plus tard. En revanche, Titine avait eu une grand-tante à l'histoire étonnante : Reine Nectoux, dite "la tante Pauline" s'était mariée en 1866 à un certain Bertoux, bientôt incarcéré, et dont les autorités s'aperçurent qu'il était... bigame ! Le second mariage fut donc dissout en 1871 (ce dont témoignent quelques savoureuses pages dans le registre de l'Etat Civil d'Epinac), et la jeune Reine épousa dans l'année un certain Joseph Saïsse. D'abord employé à la gare de Monte Carlo, celui-ci devint tailleur à Marseille d'après ma grand-mère, et confectionna des culottes pour le prince de Monaco... autrement dit, une belle promotion sociale pour son épouse, fille de cultivateurs bourguignons. Tous les beaux meubles et bijoux qui nous ont été transmis par cette branche de la famille venaient de cette "tante Pauline", dite aussi "tante de Marseille" (mais qui ne s'appelait pas plus Pauline qu'elle n'était née à Marseille...) Elle est revenue finir sa vie auprès des siens, chez ses neveux, où elle est décédée en 1918. Les bijoux sont tous revenus à sa petite-nièce, la Titine, puis à mon grand-père, son fils unique. L'origine du bijou expliquerait sans doute que je ne l'aie jamais vu au cou de ma grand-mère, qui accordait plus d'importance à la valeur sentimentale des choses et ne portait pas les bijoux de sa belle-mère.

 

J'invite donc ceux qui ont la chance de posséder quelques vieilles photos ou albums de famille, même lorsque le nom des protagonistes a été oublié, à se munir d'une loupe pour forcer la chance en explorant patiemment ces petits détails... qui peuvent parfois permettre de casser le mythe pour rendre à un objet sa véritable histoire.


Publié dans Vêtement et parure

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